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Repenser la démocratie en temps de CoVid-19

Chez Sparknews, nous croyons que les temps de crises, comme ils balaient nos certitudes, sont également de belles opportunités pour nous adapter et repenser nos rapports au monde. Pour une équipe qui tente de faire émerger de nouveaux récits pour accélérer la transition écologique et sociale, nous nous devons d’interroger quels récits germent de cette catastrophe planétaire qu’est le CoVid-19. Dans la #SparkMinute de cette semaine, nous nous intéressons à la démocratie à travers de belles initiatives locales de solidarité, des exemples d’entreprises qui s’engagent et repensent leurs modèles et des prises de positions qui nourrissent nos imaginaires.

À qui laissons nous le skeptron ?

Dans les assemblées de la Grèce archaïque, le skeptron était un simple bâton qui passait de main en main et conférait le droit à la parole. Bien plus que le bulletin de vote, ce bâton de paroles pourrait représenter un idéal souhaitable en des temps bien agités pour nos démocraties. Comment concilier les exigences du débat démocratique avec celles de la pandémie ? A toutes les échelles, ses failles sont commentées : quelle marge de manœuvre est vraiment accordé aux élu·e·s aux mandats locaux? Comment assurer la remontée des attentes sociales vers les lieux de la décision centrale ? À quoi pourrait ressembler une démocratie sanitaire ? Sommes-nous à un nouveau tournant dans la généralisation de l’état d’exception et l’amplification des techniques de contrôle et de surveillance ?

Alors que le confinement restreint drastiquement le champ de la réalité sociale vécue, chacun·e de nous est poussé·e à s’investir exclusivement dans son foyer, son habitation, son cercle familial et amical, et non sur la place publique. Maintenir la vie démocratique dans ces conditions s’avère périlleux. Une piste de réflexion serait d’exhumer du passé ce skeptron, cet acte de don de parole à chacun·e des citoyen·ne·s. Les décisions les plus importantes peuvent être prises avec l’aval des citoyen·ne·s de manière collaborative. Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique préconisait dès mi-avril d’associer la société à la gestion de la crise sanitaire pour ne pas alimenter la critique d’une gestion autoritaire et déconnectée de la vie des gens. L’inclusion de la société dans l’élaboration des politiques publiques est en effet la clé de la réussite pour une gestion efficace du risque et des catastrophes.

En France et dans le monde, de nouvelles pratiques démocratiques émergent de ces circonstances exceptionnelles. En avril, plus d’un millier de personnes ont manifesté dans le respect des gestes barrières à Tel-Aviv pour protester contre Benyamin Nétanyahou et son gouvernement. Les grèves des jeunes pour le climat continuent de façon dématérialisée. Le journal Mediacités a lancé une série d’enquêtes collaboratives sur comment transformer les villes après le coronavirus. Le 4 avril 2020 la plateforme Le Jour d’après est née au sein même de l’Assemblée Nationale, soutenue par 65 parlementaires engagé·e·s à porter politiquement les mesures nées de cette consultation. 13 000 comptes ont été créés sur la plateforme en ligne et des 5 550 propositions déposées dont certaines très concrètes comme “Revaloriser le salaire de 200 euros/mois pour les aides à domicile, aides-soignantes et infirmières”. Un des ateliers avait même pour thème “Démocratie face à la la crise : renouveler le pacte démocratique le jour d’après“.

Est-ce aux seul·le·s élu·e·s et responsables politiques de repenser notre système de gouvernance, nos priorités politiques et nos services publics ? Ou allons-nous nous emparer en tant que citoyen·ne des outils à notre portée pour faire vivre un débat public contradictoire, avoir des délibérations éclairées et expérimenter des méthodes de gouvernance partagée ? Comme le rappelait Samuel Hayat, “La démocratie, comme idée et comme pratique, a besoin que les gens y participent, y adhèrent, y croient.”

Quand les organisations s’engagent

Bluenove, TF1 et Sciences Po ont lancé une consultation citoyenne avec un questionnaire en ligne sur “Vivre à distance”, “Nos libertés” et “Le monde demain”. Depuis le 10 avril, la consultation citoyenne “Comment inventer tous ensemble le monde d’après ?” de La Croix-Rouge française, le WWF France, Make.org, le Groupe SOS, Unis-Cité et le Mouvement UP a déjà rassemblé 80 000 participant·e·s et 19 000 propositions !

Au niveau territorial, des consultations ont également lieu. Dans la commune de Le Palais à Belle-Île-en-Mer, les habitant·e·s ont été invité·e·s à s’exprimer à travers un questionnaire mis en place avec ConsultVox. La jeune pousse Cap Collectifaccompagne quant à elle les villes d’Orléans, de Rennes, de Courbevoie, d’Albi, de Bourg-la-Reineet de Mulhouse avec une plateforme participative à l’échelle du département. A lire dans Ouest-France.

Et si la démocratie délibérative permettait une sortie de crise écologique et sociale ? Réuni·e·s vendredi 3 et samedi 4 avril en visioconférence, les 150 citoyen·ne·s tirée·e·s au sort de la Convention Citoyenne pour le Climat ont offert leur «contribution à la sortie de crise ». Ce texte général d’intention et ses cinquante propositions de mesures ont été envoyés à Emmanuel Macron, Edouard Philippe, Elisabeth Borne et Bruno Le Maire, avant d’être soutenue par 23 700 personnes en ligne.

Pour que vive la démocratie, rien n’est plus fondamental que l’accès à des informations vérifiées et exactes, produites par des médias indépendants. A l’heure des fake news (ou infox), l’UNESCO a publié une note d’information intitulée Journalisme, liberté de la presse et COVID-19 qui recense les initiatives pour protéger l’accès à une information de qualité. Parmi elles, WhatsApp qui a instauré une limite sur le transfert de messages entre plusieurs conversations. À lire dans le Huffington Post.

Initiatives locales contre désordre global

Comment prendre la parole dans l’espace public alors que nous sommes confiné·e·s ? En Suisse, le collectif du 4 mai a dessiné à la craie un carré de 4 m2 à la gare de Cornavin à Genève. Les habitant·e·s peuvent venir y écrire leurs revendications par groupe de 5 maximum. À Châteauroux dans l’Indre, ce sont des arbres à paroles qui sont devenus ces lieux d’expression avec des mots écrits sur des bouts de tissus et de papier. En savoir plus dans La Nouvelle République.

Fin mars, seize organisations ont lancé une pétition nationale #PourLeJourDapres pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques avec plus de 170 000 signataires. Plusieurs maires de grandes villes, des président·e·s d’exécutifs locaux et des personnalités publiques ont également envoyé une lettre ouverte à Emmanuel Macron, intitulée “Un scénario démocratique pour le ‘monde d’après‘” ou #NousLesPremiers.

Pour mieux comprendre nos institutions et leur fonctionnement, la jeune association Parlons Démocratie propose des interventions en ligne sur des sujets comme : Comment la loi est-elle fabriquée ? Comment fonctionnent les élections ? Quel est le poids des lobbys ? Ces discussions sont réalisées par des personnes qui connaissent de l’intérieur le fonctionnement des institutions pour y avoir travaillé directement ou indirectement. La prochaine a lieu le mardi 12 mai sur la procédure législative.

Il y a quelques semaines, nous vous présentions le questionnaire de Bruno Latour pour la sortie de la crise. La jeune pousse toguna vous propose une concertation sur ces questions. Sur l’application vous pouvez répondre anonymement aux questions proposées par le philosophe, voter, et observer le consensus en temps réel. Autre outil en ligne, l’application de vote Mieux Voter permet d’organiser simplement des élections et des sondages au Jugement majoritaire.

Et si on imaginait plus loin ? 

Loïc Blondiaux est politologue, professeur de science politique à la Sorbonne et membre du comité de gouvernance de la Convention Citoyenne pour le Climat. Depuis le début de la crise du coronavirus, ce spécialiste des innovations démocratiques multiplie les interventions sur le thème de la réinvention de la démocratie face à la crise. Son intervention le 10 avril pour les scénaristes d’On s’adapte revenait principalement sur cette notion d’innovation démocratique. Le premier, il échange avec des candidat·e·s de la liste citoyenne Poitiers Collectif dans un débat dont le compte-rendu est disponible ici. À découvrir ici.

Depuis le début du confinement, Le Projet Imagine a créé un nouveau rendez-vous audiovisuel : De L’Intérieur. Deux fois par semaine, Frédérique Bedos s’entretient en ligne avec des sachant·e·s. Parmi eux, cet entretien avec le sociologue Michel Wieviorka offre des perspectives intéressantes sur la remise en cause du système représentatif (à partir de 19:23). L’auteur de Pour une démocratie de combat y décrit les failles démocratiques préexistantes, leurs conséquences actuelles et nous encourage à la construction d’un avenir commun. À visionner ici.

Et si vous avez une heure devant vous, pourquoi ne pas redécouvrir le documentaire Démocratie(s) par les équipes de Data gueule. Réalisé en 2018, ce film s’ouvre sur la réduction la démocratie à des rendez-vous électoraux avant d’explorer les tenants et aboutissants de cette “crise démocratique”. La part belle y est faite à celles et ceux qui tentent de nouvelles formes de démocratie. Le documentaire est disponible en accès libre sur Imago.tvÀ regarder ici.

Chaque semaine, la minute Spark c’est une invitation à découvrir les initiatives face à la pandémie qui nous inspirent mais aussi nous permettent de réfléchir à l’après. Nous sommes persuadé•e•s que cette crise renferme de précieux enseignements sur notre système économique mondialisé. Qu’il s’agisse d’éducation, de solidarité, de rapport au travail ou au vivant, à nous de refuser de revenir au statu quo une fois la crise sanitaire passée. Découvrez les éditions consacrées à l’éducation, l’énergie, le travail, l’alimentation et la biodiversité.

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