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Repenser l’alimentation en temps de CoVid-19

Chez Sparknews, nous croyons que les temps de crises, comme ils balaient nos certitudes, sont également de belles opportunités pour nous adapter et repenser nos rapports au monde. Pour une équipe qui tente de faire émerger de nouveaux récits pour accélérer la transition écologique et sociale, nous nous devons d’interroger quels récits germent de cette catastrophe planétaire qu’est le CoVid-19. Dans la #SparkMinute de cette semaine, nous nous intéressons à l’alimentation à travers de belles initiatives locales de solidarité, des exemples d’entreprises qui s’engagent et repensent leurs modèles et des prises de positions qui nourrissent nos imaginaires.

Nous sommes ce que nous mangeons

Des linéaires de supermarchés dévalisés : l’image reste gravée dans les paupières. Elle est accompagnée d’une inquiétude lancinante “N’aurons-nous bientôt plus à manger ?” Besoin primaire, l’alimentation devient incertaine alors que les acheminements sont interrompus, les réseaux de distribution habituels difficiles d’accès et la main d’œuvre étrangère coincée aux frontières. Pour le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation : «cette crise nous démontre la nécessité d’accélérer la transition écologique et de relocaliser les productions pour garantir la sécurité alimentaire européenne». Elle ne risque en effet pas d’être la dernière : chaque degré de réchauffement climatique réduit les rendements de blé de 6%, de riz de 3,2% et de maïs de 7,4% selon une étude du PNAS alors que ces cultures fournissent actuellement deux tiers des apports en calories de l’humanité et les revenus de millions d’individus.

Alors, chaque jour, les débats se multiplient autour de nos assiettes et de comment les remplir. De nouveaux modèles se dessinent pour tenter de répondre à la demande alimentaire mondiale tout en préservant les ressources : les mots autonomie et résilience alimentaire sont propulsés sur le devant de la scène. Mais comment y arriver ? Un tiers de la nourriture produite dans le monde est jetée chaque année, pour commencer le meilleur aliment sera celui qui n’est pas gaspillé. Il faudrait également consommer local, alors que les circuits courts ne comptent que pour 15 % de l’approvisionnement alimentaire du pays en temps normal. L’agriculture ne devrait ni appauvrir les sols, ni empoisonner les nappes phréatiques avec des intrants chimiques, mais aussi permettre aux agriculteur·ice·s de vivre dignement. Il est plus que temps de revaloriser ces métiers ô combien essentiels et difficiles, magnifiquement mis en lumière récemment par les films “Au nom de la Terre” et “Petit paysan”.

Cette fois encore, nécessité est mère d’invention. Différents maillons de la chaîne alimentaire, confrontés à un scénario catastrophe des plus dantesques, réinventent leurs métiers. Ce sont ces petit·e·s exploitant·e·s qui cherchent de nouveaux débouchés, ces chauffeurs routiers qui s’entraident, ce caviste en cycliste dans les rues désertes de Paris, ces primeurs qui préparent des paniers pour la livraison à domicile, cette porteuse de pain et ce boucher ambulant qui continuent le service dans les villages où n’existe aucun commerce, ces magasins biosindépendants qui développent la vente en ligne mais aussi ces consommateur·ice·s qui plébiscitent les circuits-courts et ces bénévoles qui cuisinent et distribuent des repas aux plus démuni·e·s. Les initiatives et réseaux de solidarité que nous vous présentons dans cette newsletter nous le rappellent : si l’alimentation constitue un bien essentiel pour affronter la période, il s’agit de notre responsabilité à tous de s’assurer qu’elle ne devienne jamais un luxe.

Quand les organisations s’engagent

Alors que certaines cantines d’hôpitaux ont fermé pour cause de confinement, les restaurants engagés du label Ecotable ont décidé d’apporter un peu de réconfort culinaire aux soignant·e·s. 500 repas bios cuisinés par des chef·fe·s sont ainsi livrés chaque jour dans les hôpitaux parisiens. Pour répondre au même enjeu, l’entreprise QuiToque confectionne des paniers-repas à prix coûtant : Les dîners solidaires. Vous pouvez soutenir ces initiatives, respectivement sur KissKissBankBank et Ulule.

De nombreux restaurants ont dû fermer leurs portessans savoir comment écouler leurs stocks de produits frais. En Ile-de-France, la jeune pousse Linkee propose de récupérer les denrées alimentaires invendues pour les redistribuer aux personnes en situation de précarité. Plus de 1 200 repas sont ainsi distribués quotidiennement en respectant la chaîne du froid. L’association lève actuellement des fonds sur Ulule pour financer l’achat d’un camion électrique.

Autre maillon de la chaîne de distribution alimentaire : les cantines scolaires. Sans attendre le retour des élèves à la mi-mai, la cuisine centrale de Marseille va reprendre du service d’ici une semaine. 5 000 repas pensés avec un apport nutritionnel adapté aux adultes y seront préparés quotidiennement pour les personnes les plus précaires. La mairie travaille avec des associations pour en assurer la livraison à froid. A lire dans 20 minutes.

À Offin, dans le Pas-de-Calais, c’est le maire qui distribue gratuitement tous les vendredis des produits frais issues de l’agriculture bio locale ainsi que des produits de première nécessité. Aidé par des bénévoles, Roger Houzel remplit un tracteur et un camion de pain, café, légumes frais et même de chocolats de Pâques. Cette initiative a permis aux administré·e·s  de rester à leur domicile mais aussi de pérenniser l’activité des deux maraîchers du village.

Initiatives locales contre désordre global

Face aux difficultés d’approvisionnement, de plus en plus d’exploitations agricoles font le choix de la vente directe. Pour trouver les points de vente près de chez soi, les initiatives numériques se multiplient. La carte collaborative Le Marché Vertrecense les acteurs d’une agriculture respectueuse du vivant. La plateforme Mon Panier Bleu propose de livrer à domicile “sans contact” les produits des artisan·ne·s de la Côte d’Azur. Et le site acheteralasource.com répertorie les ventes directes de producteur·ice·s dans les Alpes-Maritimes.

Les réseaux de solidarité autour d’exploitations prennent diverses formes. Dans Reporterre, Corinne Morel Darleux présente l’Annuaire des protecteurs du Diois, une initiative née au sein du groupe Covid-Entraide Diois. Avec Adopte un maraîcher à Angers, un salon de coiffure et un bar ont été réaménagés pour accueillir gracieusement des maraîcher·e·s privé·e·s de marchés. L‘AMAP du 10ème arrondissement de Paris lève quant à elle des fonds pour offrir du matériel à l’agriculteur qui la fournit. Vous pouvez le soutenir sur MiiMOSA.

Que vous soyez aux fourneaux ou à pédales, vous pouvez rejoindre le collectif #PourEux. Dans neuf grandes villes françaises, des bénévoles préparent des repas pour les SDFs, qui souffrent de la fermeture des associations et des rues désertées. Ces repas fait maison leurs sont ensuite livrés à vélo par des cyclistes amateurs. Il suffit de se faire connaître sur la plateforme en ligne en précisant son adresse et l’heure où le repas sera prêt. En France, le cap des 1 400 repas distribués par jour a été franchi le 19 avril.

Pour aider les cafés et restaurants dont le confinement a asséché la trésorerie, les fonds solidaires Bar Solidaire, J’aime mon bistrot et Sauver Mon Bar proposent aux habitué·e·s d’acheter des avoirs utilisables à la réouverture de leur établissement préféré. Le montant est d’ores et déjà versé au patron·ne afin de l’aider à assurer ses traites. À la réouverture, le montant des avoirs sera majoré à hauteur de 50% par les partenaires de J’aime mon bistrot ou en équivalent bière pour Bar Solidaire. A lire dans Libération.

Et si on imaginait plus loin ? 

Avec le confinement, les Français·e·s mangent plus local mais cette tendance peut-elle être durable ? La chercheuse agronome Yuna Chiffoleau, autrice de Les circuits courts alimentaires, et l’entrepreneur Sébastien Pelka, fondateur Direct Market ont répondu aux questions de Uzbek et Rica. Dans cet entretien croisé, on commente l’expansion d’un « militantisme » local, avec des consommateur•ice•s a priori peu adeptes des circuits courts qui se réapproprient leur alimentation. A compléter par la prise de position de Xavier Hollandts dans The Conversation : le confinement, un test grandeur nature pour les circuits courtsA lire ici.

Dans cette tribune à charge contre “une agriculture artificielle, industrielle, entièrement dépendante des énergies fossiles, hors-sol, sans paysans, anéantie par un exode rural sans précédent”, le collectif autour de Philippe Desbrosses, fondateur de la ferme de Sainte-Marthe à Millançay, joue aux Cassandres. Delphine Batho, Yannick Jadot, Coline Serreau ou encore Edgar Morin ont signé ce texte paru dans Le 1 qui appelle à remailler le territoire avec des productions diversifiées, à proximité et au service des populations. Des pistes concrètes sont à découvrir dans l’article de Weronika Zarachowicz pour Télérama L’autonomie alimentaire, une illusion ? A lire ici.

A quoi pourrait ressembler une véritable résilience alimentaire ? Les membres de la jeune association Les Greniers d’Abondance ont travaillé pendant un an et demi pour réaliser l’ouvrage Vers la résilience alimentaire, disponible en ligne. Les vulnérabilités du système alimentaire contemporains y sont présentées ainsi que les différents leviers d’action à l’échelle des territoires comme augmenter la population agricole, préserver les sols fertiles, favoriser l’autonomie technique et énergétiques des fermes, généraliser l’agroécologie ou recycler massivement les nutriments. A lire ici.

Chaque semaine, la minute Spark c’est une invitation à découvrir les initiatives face à la pandémie qui nous inspirent mais aussi nous permettent de réfléchir à l’après. Nous sommes persuadé•e•s que cette crise renferme de précieux enseignements sur notre système économique mondialisé. Qu’il s’agisse d’éducation, de solidarité, de rapport au travail ou au vivant, à nous de refuser de revenir au statu quo une fois la crise sanitaire passée. Découvrez les éditions consacrées à l’éducation, l’énergie et le travail.

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