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Repenser le travail en temps de CoVid-19

Chez Sparknews, nous croyons que les temps de crises, comme ils balaient nos certitudes, sont également de belles opportunités pour nous adapter et repenser nos rapports au monde. Pour une équipe qui tente de faire émerger de nouveaux récits pour accélérer la transition écologique et sociale, nous nous devons d’interroger quels récits germent de cette catastrophe planétaire qu’est le CoVid-19. Dans la #SparkMinute de cette semaine, nous nous intéressons au travail à travers de belles initiatives locales de solidarité, des exemples d’entreprises qui s’engagent et repensent leurs modèles et des prises de positions qui nourrissent nos imaginaires.

Le travail c’est la santé, ne rien faire c’est la préserver ?

Il y a celles et ceux qui reçoivent des applaudissements tous les soirs pour un labeur jusque là bien peu considéré. Celles et ceux qui découvrent la solitude sans bureau, les échanges entièrement dématérialisés et les béquilles numériques. Celles et ceux qui vont au travail la boule au ventre, avec le sentiment de ne pas être assez protégé·e·s contre ce virus présent sur toutes les surfaces. Celles et ceux dont la flexibilité était plébiscitée hier, qu’ils et elles soient indépendant·e·s, en freelance, vivant d’un ou de plusieurs emplois ubérisés, et qui se retrouvent aujourd’hui face aux retards de paiement et en grande difficulté. Celles et ceux dont ce n’était pas le travail jusque là mais qui à présent jour et nuit cousent des masques, impriment en 3D des visières ou enseignent. Celles et ceux qui craignent l’absence d’entretiens d’embauche dans les mois qui viennent. Celles et ceux qui tiennent le fort contre vents et marées, dont on peut retrouver les portraits dans Brèves de quarantaine ou Les soignants face au coronavirus. Après une crise sanitaire sans précédent, combien serons nous à ne pas retrouver de travail ? Ou, plus incongru, à ne plus en vouloir ?

Alors que le chômage partiel touche 9 millions de salarié·e·s, qu’Amazon se voit contraint de ne livrer plus que des produits de première nécessité, et que des employeurs sont mis en demeure pour n’avoir pas assuré la sécurité de leurs personnels, que signifie pour nous le travail ? L’arrêt massif et abrupte de l’économie aura en effet révélé la fracture toujours plus grande entre les cols blancs, qui peuvent télétravailler, et les cols bleus, celles et ceux qui ne peuvent effectuer leur travail sans contact et donc sont disproportionnellement exposé·e·s à la maladie. Alors les propositions se succèdent : il faudrait relocaliser, utiliser les tiers lieux pour se réunir en petits groupes de travail, engager une reconversion écologique massive des emplois non essentiels ou encore s’octroyer un droit à la paresse.

La question se posait en effet déjà à la veille de la crise : ne devrions nous pas travailler moins mais mieux ? On parlait déjà de rapprochement domicile-travail, de semaine de 4 jours et d’une organisation nouvelle du travail pour permettre à chacun·e l’accès à un emploi digne. Cette crise s’avère un formidable accélérateur de ces mouvements de fond : nous vous présentons ici des coopératives qui redéfinissent l’idée de profit, des États qui franchissent le pas et des mouvements de solidarité par et pour des travailleur·se·s. Cette crise, comme les précédentes, ne fera-t-elle qu’aggraver les inégalités ? Ou sommes-nous à l’aube d’une véritable re-hiérarchisation des emplois, où le niveau de rémunération sera proportionnel à la valeur sociale ?

Quand les organisations s’engagent

Alors que les ventes des produits de la marque C’est qui le patron?! ont explosés depuis le début du confinement (+380% pour les pâtes, 40% pour le lait), la coopérative a décidé de reverser les gains supplémentaires pour aider des indépendants et des petits commerçants à passer la crise. L’initiative fait boule de neiges, puisque Panzani a abondé le « Fonds de soutien des consommateurs et des citoyens » pour un montant de 150 000 euros. En savoir plus dans cet article du Parisien.

Durant le confinement, certains métiers se réinventent. Des artistes ami·e·s du Théâtre de la Colline, à Paris, participent ainsi au dispositif « Au creux de l’oreille » : des appels téléphoniques aux spectateurs et spectatrices privé·e·s de théâtre pour leur faire lecture de poésie ou de théâtre quelques minutes. À Pau, Marie Tomas, conteuse depuis vingt ans, utilise sa cage d’escalier pour continuer à faire rêver ses voisin·e·s. A lire dans RFI et Le Monde.

Et si les personnes qui travaillent à plus de 30 minutes de transport de leur domicile pouvaient bénéficier d’un logement gratuit ? Deux acteurs majeurs du secteur de l’immobilier, Airbnb et le site Pap.fr, se sont mobilisés pour mettre en relation des soignant·e·s souvent réquisitionné·e·s loin de leur domicile avec des particuliers dont les logements seraient vides. Avec l’initiative Appart Solidaire et l’Action Solidarité Personnel Soignant, plus de 9.700 logements ont été mis gratuitement à disposition des soignant·e·s. Un article des Echos.

Face à la crise économique qui talonne la crise sanitaire, de nombreux pays envisagent d’instaurer un revenu minimum universel, une idée soutenue par le Pape François dans une lettre publique. Le gouvernement italien réfléchit à un «revenu d’urgence», alors que celui d’Espagneavance sur un projet de revenu universel, une aide qui pourrait perdurer à la fin de l’épidémie. En France, 19 présidents de départements demandent une instauration similaire. La Croix présente les différentes expérimentations dans cet article.

Initiatives locales contre désordre global

Quand les horaires de travail ne collent pas avec les transports et que ces derniers sont devenus synonymes de contamination, certains particuliers mettent à disposition des soignant·e·s leurs vélos, et ce jusqu’à la fin du confinement. La plateforme Des Vélos Pour L’Hosto, lancée par Nina Gouze, a déjà permis une centaine de mise en relation entre soignant·e·s et cyclistes-prêteurs. L’association cycliste de Gracq a lancé une initiative similaire de prêt de vélos entre citoyen·ne·s à Bruxelles et Namur, Les vélos solidaires.

Et si vous profitiez de votre temps libre pour faire découvrir votre emploi à des jeunes défavorisé·e·s ? L’École de la deuxième chance Grand Lille propose aux jeunes entre 18 et 25 ans, sans diplôme ni qualification, d’être accompagné·e·s dans la construction d’un projet professionnel solide. L’association recherche ainsi des volontaires pour répondre à des enquêtes métiers, avec des courtes vidéos de présentation de son métier ou des rencontres à distance. Une mission sur la plateforme de Vendredi : Tous confinés, tous engagés.

Autre option : devenir le parrain ou la marraine d’une personne en recherche d’emploi.L’association Lyonnaise Objectif pour l’Emploi lance un appel à bénévoles, il suffit d’être disponible quelques heures par mois ou par semaine pour organiser des simulations d’entretiens par visioconférence, relire des CVs et lettres de motivations mais surtout échanger.

La plateforme de Wizifarm, lancée avec le ministère de l’Agriculture et la FNSEA, met en relation gratuitement les agriculteur·ice·s et viticulteur·ice·s, principalement dans le Sud et dans le Finistère, et travailleur·se·s disponibles avec Des bras pour ton assiette. 240 000 volontaires se sont déjà inscrit·e·s sur la plateforme pour proposer leurs services aux  exploitations agricoles.

Et si on imaginait plus loin ? 

A quoi ressemblera le travail après le confinement ? Pour répondre à cet question, le magazine Usbek et Rica a invité Laetitia Vitaud, autrice de Du labeur à l’ouvrage et Nathanaël Mathieu, co-fondateur de la plateforme Néo-nomade. Dans cet entretien à deux voix, on s’interroge sur les cinq « mondes » dans lesquels s’exerce le travail: le monde des chantiers, le monde agricole, le monde industriel, le bureau et le domicile. Pour Qu’est-ce qu’on fait ?!, l’économiste Thomas Coutrot analyse ses propres enseignements de la crise sanitaire sur l’avenir du travail : requalification, relocalisation, et réorientation des finalités du travail pour lui redonner du sens. A lire ici et ici.

Et si la force de cette crise ne résidait pas dans sa capacité à nous faire réévaluer l’utilité sociale de chaque travail ? Au micro de Louie Media, la sociologue du travail Dominique Meda revient sur la hiérarchisation des emplois et son bouleversement depuis le début de la crise sanitaire. Le travail des soignant·e·s, des personnes derrières les caisses ou à l’arrière des camions-poubelles nous apparaît aujourd’hui absolument indispensable alors même que c’étaient les métiers les moins valorisés et les moins bien payés jusqu’ici. Partant de ce constat, elle dessine les contours de ce à quoi pourrait ressembler le monde du travail à la sortie de cette crise, et d’une reconversion écologique où le travail aurait une place différenteA écouter ici.

Le futur du travail réside peut-être dans la liberté d’en choisir un sans contrainte financière. Des pétitions citoyennes et des élus dans toute l’Europe réclament ainsi d’instaurer un revenu universel comme réponse à la crise. Par-delà de la question habituelle (le revenu universel encourage-t-il le travail ou l’oisiveté ?), cette synthèse complète de France Culture revient sur les tenants et les aboutissants de cette réforme fiscale alors que la pandémie de coronavirus entraîne pour de très nombreuses personnes à travers le monde une perte de revenus partielle ou totale. A lire ici.

Chaque semaine, la minute Spark c’est une invitation à découvrir les initiatives face à la pandémie qui nous inspirent mais aussi nous permettent de réfléchir à l’après. Nous sommes persuadé•e•s que cette crise renferme de précieux enseignements sur notre système économique mondialisé. Qu’il s’agisse d’éducation, de solidarité, de rapport au travail ou au vivant, à nous de refuser de revenir au statu quo une fois la crise sanitaire passée. Découvrez les éditions conscacrées à l’éducation, l’énergie et l’alimentation.

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