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Repenser l’énergie en temps de CoVid-19

Chez Sparknews, nous croyons que les temps de crises, comme ils balaient nos certitudes, sont également de belles opportunités pour nous adapter et repenser nos rapports au monde. Pour une équipe qui tente de faire émerger de nouveaux récits pour accélérer la transition écologique et sociale, nous nous devons d’interroger quels récits germent de cette catastrophe planétaire qu’est le CoVid-19. Dans la #SparkMinute de cette semaine, nous nous intéressons à la sobriété énergétique à travers de belles initiatives locales de solidarité, des exemples d’entreprises qui s’engagent et repensent leurs modèles et des prises de positions qui nourrissent nos imaginaires.

Serions-nous entré•e•s dans une aire de sobriété énergétique ?

Alors qu’on trouve actuellement plus d’avions sur les pistes d’atterrissages que dans les airs, que les rues des villes ont été désertées par les voitures et que les bureaux comme de nombreuses usines ont fermé leurs portes, serions-nous entré•e•s dans une aire de sobriété énergétique ?

Jean-Marc Jancovici le rappelait dans un récent Facebook Live : c’est l’énergie abondante, de facto le pétrole à faible coût, qui a fait un monde mondialisé, urbain et de grandes organisations. Le CoVid-19, cette “petite bestiole”, est arrivé tel un grain de sable dans une machinerie jusque-là implacable. En deux mois, tout s’est arrêté et pour la France cela pourrait représenter une baisse de la consommation d’énergie similaire à celle de 1975, au cours du premier choc pétrolier. Alors que les émissions de CO2 liées à l’énergie chutent de concert, serions-nous face à une réduction pérenne de la consommation énergétique ? Rien n’est moins sûr : le regain économique impulsé par les États et les prix faibles actuels du pétrole pourraient au contraire nous encourager à reprendre de plus belle nos habitudes carbo-intensives une fois le déconfinement amorcé.

Bruno Latour appelle actuellement à réfléchir à nos besoins : quelles sont les activités qui ont été interrompues du fait de la crise sanitaire que nous ne voudrions pas voir reprendre ? Dans un questionnaire publié dans le quotidien AOC, il nous renvoie à l’essentiel : voulons-nous vraiment continuer à prendre l’avion pour un week-end ? À s’offrir des roses qui viennent du Nigeria ? À consacrer 57% de notre espace au sol en villes aux voitures ? Ou voulons-nous encourager les initiatives ci-dessous qui dessinent un modèle énergétique de demain plus sobre, plus raisonné et plus résilient ?

Quand les organisations s’engagent

En ces temps de télétravail, de cours à distance et de loisirs en ligne, mais aussi de recherche scientifique accrue pour trouver des solutions à cette épidémie, les data centers consomment toujours plus d’énergie et émettent de la chaleur. Par ailleurs, le chauffage des bâtiments résidentiels représentaient jusqu’à 28% de l’énergie consommée en 2017 dans le monde. Les serveurs-radiateurs de Qarnot proposent de réchauffer des habitations avec la chaleur des calculs effectués par la recherche scientifique.

Pendant le confinement, des pistes cyclables et des rues piétonnières se multiplient à Mexico, New-York, Berlin, Winnipeg et Calgary selon Les Echos. Les chaussées ont en effet été désertées par les voitures. Liées à cette baisse de la circulation automobile, 22 kilomètres de « corona bike lanes » ont ainsi été mises en place à Bogota en une nuit.L’occasion de développer le cyclisme urbain, un sujet abordé lors de la seconde rencontre On s’adapte avec Nathalie Ortar, membre du Laboratoire Aménagement, Économie, Transport.

Si le transport représente 29% de l’énergie consommée dans le monde, l’acheminement de marchandises y taille la part du lion. Face à la crise sanitaire, les circuits-courts connaissent un regain d’intérêt, cette cartographie participative des circuits courts fermiers permettant à chacun•e de se nourrir. A lire dans WeDemain.

Confinement signifie également dématérialisation et les grandes entreprises du numérique ont dû restreindre leur appétit énergétique. Netflix, YouTube, Facebook et Amazon limitent ainsi depuis le début de la crise sanitaire l’utilisation de la “haute définition”, très consommatrice de bande passante.

Initiatives locales contre désordre global

Quels sont les gestes « barrière » pour limiter ses dépenses d’énergies ? Voici quelques conseils de GreenIT dont “limitez votre usage du cloud” ou “cessez le lancement des vidéos automatiques de Twitter”. N’hésitez pas à vous lancer dans un grand nettoyage de printemps numérique: les services comme Cleanfox vous proposent par exemple de nettoyer votre boîte mail en un clic.

Les ¾ des impacts environnementaux du numérique mondial sont associés à la fabrication des équipements. Plutôt que de jeter des appareils défectueux, les réparer s’avère un premier pas pour les limiter. Et si vous profitiez du confinement pour apprendre à le faire grâce aux guides de réparation du site iFixit (Je le répare) ? Des conseils sont aussi disponibles dans Le Dauphiné.

Confiné•e, c’est également l’occasion de se pencher sur les huit astuces pour réduire sa consommation d’électricité de Greenpeace. On peut commencer par débrancher tous les appareils en veille, dégivrer son congélateur ou encore utiliser les programmes économiques de son lave-vaisselle ou de sa machine à laver : autant d’écogestes qui feront du bien à la planète et à votre facture.

250 organisations de 25 pays ont publié une lettre ouverte adressée aux gouvernements du monde. Ces ONGs appellent à ce que le sauvetage financier du secteur aéronautique n’ait pas lieu sans garanties d’une protection des emplois. Ce sauvetage devrait aussi être aligné sur une trajectoire de 1,5 °C de changement climatique. Une pétition sur Change.org à signer et diffuser.

Énergie et art

En plus de cette production née du confinement, nous voulions vous relayer cette semaine l’appel à scénario On s’adapte. A quoi ressembleront nos sociétés dans 10, 20, 30 ans ? Voici la question à laquelle tenteront de répondre ces courts-métrages de fiction d’une durée de 5 à 15 minutes co-produits par Canal+, Sparknews et Parvis. Cet appel à scénarios remet également la connaissance scientifique au cœur de la production de fiction grâce à un corpus scientifique accessible en ligne. Découvrez notamment l’article consacré à l’énergie pour nourrir l’imaginaire des scénaristes. Vous avez jusqu’au 5 juin pour candidater.

Et si on imaginait plus loin ? 

Depuis de nombreuses années, le sociologue et philosophe Bruno Latour s’interroge sur l’endroit où nos sociétés pourraient atterrir face à la mutation climatique. Dans ce grand entretien au micro de France Inter, il revient sur les apprentissages que nous pouvons tirer de la catastrophe que nous vivons actuellement, qui est pour lui enchâssée dans celle de l’urgence climatique. A travers six questions simples, il nous invite à utiliser ce “temps en suspens” pour discuter de nos attachements individuels et collectifs afin de flécher le modèle de production en ce sens. A écouter ici.

Et si nous continuions sur cette lancée de sobriété énergétique et entamions réellement une transition énergétique ? En 2003, le collectif négaWatt publiait un manifeste qui reste d’actualité tant il invite à renverser notre regard habituel sur l’énergie : interroger “comment mieux la consommer” avant de décider “comment en produire plus”. A lire : le scénario négaWatt 2017-2050, un exercice de prospective autour d’une France utilisant 100% d’énergies renouvelables en 2050, tout en atteignant la neutralité carbone. Un scénario à découvrir ici.

Parlerait-on même de transition énergétique ou de mutation énergétique ? L’historien François Jarrige et l’économiste Anna Creti reviennent au micro de France Culture sur les difficultés du système de production d’énergie français à intégrer les énergies renouvelables. En réfléchissant la centralisation actuelle du nucléaire en miroir des productions d’énergies renouvelables qui sont par nature décentralisées, nous sommes invité•e•s à imaginer des énergies territoriales et à petite échelle. À écouter sur France Culture.

Avec la sobriété énergétique, les low tech sont appelées à remplacer le numérique et sa voracité énergétique. Le terme, que l’on doit en bonne partie à l’ingénieur Philippe Bihouix et à son livre L’Âge des Low tech, désigne des techniques à la fois utiles, durables et accessibles. Passerelles, la revue de la Coredem, consacre son dernier numéro (disponible en ligne) à ces nouvelles expérimentations d’alternatives autour des technologies numériques. À lire ici.

Chaque semaine, la minute Spark c’est une invitation à découvrir les initiatives face à la pandémie qui nous inspirent mais aussi nous permettent de réfléchir à l’après. Nous sommes persuadé•e•s que cette crise renferme de précieux enseignements sur notre système économique mondialisé. Qu’il s’agisse d’éducation, de solidarité, de rapport au travail ou au vivant, à nous de refuser de revenir au statu quo une fois la crise sanitaire passée. Découvrez les éditions consacrées à l’éducation, au travail et l’alimentation.

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